extraits du livre: "Mental " d'Olivier Pastorelli sur les expériences 6 jours

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Olivier Pastorelli fut le 1er embarqué dans une aventure en novembre 2010 qui ne cesse de redessiner ses contours, apprendre en courant, non en marchant me direz-vous:-)! Alors deux petits extraits de l'ouvrage qu'il consacre avec sa vision, son style avec sa psyché, de ces expériences, aventure intérieure, de son point de vue, de vécu et du collectif que représente les équipes constituées lors de ces défis à la "normalité".
Merci Olivier de ta poésie décomplexée de ne pas essayer comme je l'aurais peut-etre fait de vouloir plaire à tout le monde...
Place à Toi, tu le mérites bien:

"...Force de l’écriture : modification intérieure
Le Ciel-Terre est dépourvu d’humanité
Traitant les dix mille êtres comme chiens de paille
Le Saint est dépourvu d’humanité
Traitant les cent familles comme chiens de paille
Entre Ciel et Terre
N’est-ce pas comme un immense soufflet de forge ?
Vide et pourtant inépuisable
En action, il évente toujours plus
Trop de discours tarissent très vite
Mieux vaut rester au centre
Lao Zi

page 18
...Je rencontre plusieurs fois Mica pour tenter de sérier ce qui l’anime ; pourquoi me mets-je
en marche dans cette aventure ? Décevante initiative : il ne s’agit pas d’en venir au pourquoi tout de
suite. Mica représente le point focal du groupe, si ce n’est le collectif lui-même en miroitant ses
espérances. En tant que point rayonnant, il irradie en devenant le collectif et en s’incarnant comme
notre principale source d’inspiration. Cette dernière éclaire les contours du chemin là où nous avons
tendance à nous égarer facilement du tracé. Il semble connaître par avance la menée du chemin et
les endroits à éviter par une intuition de la situation.
Tentons un descriptif caractérologique de Mica : il évoque par

son personnage cette trans-humanitéqui caractérise les êtres issus de plusieures « filières » humaines. Il semble s’être fait-homme à l’appui de cette diversité opérante, ce brassage génétique. Ce self-made-man, qui porte bien son nom prophétique d’autoréalisateur, se plaît à en jouer. Il s’abreuve aux racines de ses cultures qu’il préserve comme un talisman, qu’il sanctifie comme un territoire élu au rang de sa patrie secrète :Marseille.
Il se dote d’une intersubjectivité azimutale dont il se plaît à initier et lancer les fils, dont les
lacets épousent un parcours aux contours qu’il façonne de ses propres actions.
Mica n’hésite pas à redescendre, à la manière des apnéistes, aux racines de son humanité dont il
désapprouve la possession, pour mieux recréer les conditions épigénétiques du changement. Il
consomme les nourritures terrestres avec un certain dandysme républicain, comme si elles
n’importaient pas. Il opère une traduction métaphorique de ses pensées avec une finesse de
caractère qui ne laisse pas de surprendre. Dans les rapports discursifs, il place une douceur
engageante, une vision panoptique de l’univers en expansion, un regard hypnotique à l’adresse de
ses pensées. Il s’hypnotise lui-même par autrui. La réflexion s’opère comme un sosie dont il prend la
posture, et dont nous sommes les instructeurs.
Mica oriente et dirige à la manière d’un leader. Nul besoin de baguette, il convainc et engage
raisonnablement dans son sillage le groupe-orchestre aux multiples instruments. Voilà un défricheur
de talents, un expurgeur de la banalité, un tirailleur au front du réel obtus et toujours contraire. Nous
ne pouvons rester indifférents à la vitalité qui l’anime, à sa tôle ondulée de caractère indéfectible, et
surtout à sa détermination, qui l’engage sur des terres semblant, à bien y réfléchir, totalement
incultes. Mais notre regard n’est que d’emprunt, et à court terme. La longue vue de Mica réengage
cette efficace du changement, cette pragmatique qui manque aux vélléités renfrognées, aux
tentatives avortées. « Etre empêché par » n’appartient que peu souvent à son vocabulaire. Les
trouées de développement qu’il imagine renforcent ce sentiment qu’avec une conviction
personnelle, tout n’est pas possible. Mieux vaut emprunter et prélever le désir latent du monde pour
réaliser ses voeuà la manière d’un cueilleur. Comment expliquer autrement qu’il y ait autant
d’échecs voués à des projections particulières et renfermées sur elles-mêmes ? Dieu ne peut pas tout
faire advenir. La force de notre changement groupal réside dans le pouvoir des mots, et la croyance
que l’existence de la volition n’émane que des contreforts de l’égo. Nous ne voulons pas la volition
mais le vouloir du monde, façon shopenhauerienne. Ce vouloir, qui est tout différent, nous le laissons
advenir par peur de commettre l’erreur de vouloir y apposer une maîtrise. Pour réussir avec Mica, il
s’en faut de beaucoup de possèder des barrières émotionnelles, des pré-conceptions paralysantes ; si
d’aventure elles résistaient, il convient de les laisser tomber, d’abaisser sa garde pour apprendre à
prendre en garde, à pro-téger. L’humilité préside à la réussite de tout projet. En tant que groupe, ce
fait ne nous a pas échappé."....

 

page 23:

"Chaque « long-distance runner » doit en être convaincu : sur ces distances de l’autre monde,
il n’y a aucune certitude en matière de rang, pas d’assurance dans l’arrivée au but, ni de suprématie
qui pourrait se porter transporter intacte dans la durée. Tout au plus, une certaine classe, un style
peuvent exister, et démarquer un coureur plus qu’un autre.
PMM et Phil savent en particulier que l’ultra peut consacrer celui qui s’y sait le mieux résister à
l’effilochement des facultés. En quelque sorte, nous serions tentés de qualifier cela par
« l’égalitarisme » de l’ultra, proche de l’humilité du coureur. Ce savoir n’appartient pas au domaine
de la compétition mais plutôt à celui de la survie. Les athlètes n’emportent donc aucune règle
préexistante à la compétition des six-jours et soupçonnent déjà qu’ils peuvent remporter n’importe
laquelle de ces catégories « ultra », tout comme ils peuvent faillir sur la plus petite des distances.
Les règles révèlent-elles le caractère inique de cette égalité de fait, font-elles tout, dans leur usage,
pour se faire enterrer, et passer au second plan ?
Les athlètes ont intégré cet état mental comme une dimension régulative et renormalisatrice à tel
point qu’ils peuvent se proclamer digne d’une éthique irréprochable. Ce n’est pas une question de
respect des procédures ou d’une quelconque estime de soi : ils ne jouent tout simplement plus avec
les règles, car ils ne jouent plus au jeu, à ce « je » qui leur intime de prendre la tangente, des
raccourcis, des ruses ou autres astuces pour vaincre leur peur. Il ne s’agit plus de tirer des bords, en
restant dans la vue de la terre ferme mais il convient de virer au large, retrouver le doute au sein
d’une universalité finie pour le rendre à son « hyperbolicité ». Naviguer vers le vertigineux s’associe
généralement à une ressource cruciale : la peur.
Ils acceptent et apprennent à jouer avec cette peur prédisposant aux six-jours, provenant d’une
nature toute autre que le stress. C’est la peur de la « mise en garde » au sujet du trésor, de la
découverte qu’ils devront garder au sens du sacré, circonscrire sans pouvoir y toucher. Le sacré ne se
prédispose pas au toucher, car il crée de lui-même son périmètre de sécurité, à l’intérieur duquel le
sol reste vierge de toute foulée. Ces conquérants de l’inutile, au sein de l’esprit de flibuste qui les
anime et qui permet leur embaembarquement, ne lâcheront pas le but de leur voyage, mais sauront lâcher là où ils atteindront au sacré.